L’histoire et la culture de Mashteuiatsh

Notre clan familial Uishketshan

On va se présenter, Diane Blacksmith et Gessica Blacksmith. D’antan le nom de famille portait le nom d’Uishketshan (un geai-gris). Mais aujourd’hui ce nom a été changé pour Blacksmith. Diane, c’est ma tante, jeune femme pleine de ressources et qui aime montrer son savoir dans son entourage. Bien souvent elle transmet son savoir à ses enfants et à ses petits-enfants. Elle veut le montrer à ceux qui veulent l’apprendre. C’est une maman et une grand-maman qui adore sa culture et la vie en territoire. Moi, Gessica une jeune femme qui aime la vie en territoire et bien souvent je montre à mes enfants mon savoir. Leur montrer comment c’est important la vie de tous les jours en forêt et savoir respecter la nature. Aujourd’hui j’apprends encore mon savoir avec ma belle-famille. Comme disait ma grand-mère tu vas l’apprendre tout au long de ta vie. Dans notre famille, on maîtrisait le savoir faire comme la fabrication des raquettes, le traîneau, le filet de pêche, les outils traditionnels, le tannage de peau et la vie en forêt, etc. On est chanceux d’avoir des parents ilnu (amérindien) qui ont pu garder la culture traditionnelle, car la transmission se fait oralement et visuellement. Quand tu es enfant, t’es curieux et tu poses beaucoup de questions et tu as toujours des réponses. Pour Diane, ses grands-parents et ses parents ne savaient pas lire et écrire. Quand il y avait l’école à Mashteuiatsh, ses parents l’envoyaient elle et son frère à l’école. C’est avec ça qu’on a pu lire les lettres pour mes parents. Par exemple elle demandait à sa mère combien de mesures de sel qu’elle mettait et sa mère lui répondait deux creux de ta main, pour elle s’était toujours à peu près, comme on le fait aujourd’hui. Pour moi (Gessica) mon apprentissage, c’est ma famille qui me l’a transmis, ma grand-mère c’était une femme à la perfection. Car je me souviens d’une fois, ma grand-mère voulait m’apprendre à faire des mocassins et j’ai recommencé plusieurs fois et sans succès. Elle ne se moquait pas de moi, mais m’encourageait de finir ce que j’avais commencer. Je voulais tellement apprendre que finalement c’est elle qui a fait mes mocassins, mais je l’ai toujours regardé faire.

La naissance d’un nouveau-né

La transmission des savoir se fait dès la naissance, déjà là le bébé porte le vêtement traditionnel. Une enveloppe qui le tient au chaud avec des couvertures. À l’époque de nos grands-mères, les bébés ont été emmaillotés comme ca. Le bébé avait seulement une camisole et une couche en coton. Il pouvait être emmailloté jusqu’à neuf mois. Il y avait aussi une autre sorte, un porte-bébé et il est fait d’une planche que tu peux voyager partout avec ton bébé en le portant dans ton dos. Quand on monte en territoire avec notre bébé, la grand-mère va lui faire un berceau dans la tente, pour que le bébé reste au chaud et protégé des bêtes. La grand-mère restait au tentement pour lui chanter des berceuses montagnaises, tandis que la jeune mère continuait à faire son travail pour les chasseurs. Mais c’est la mère qui répondait aux besoins du bébé, quand il pleurait.

Pour Diane, sa transmission des savoirs de son petit-fils. La mère et le bébé vivent avec Diane et il est toujours présent dans ce qu’elle fait. Les parents viennent le porter à chaque fois qu’elle fait des choses comme le perlage, la broderie, le tannage de peau, la cuisson du gibier. Elle lui explique de ce qu’elle fait tout en jouant avec son petit fils. Même à la naissance de son petit fils, il portait des vêtements traditionnels qu’elle fabriquait pour lui. Il porte souvent des mocassins en lui montrant son identité d’être un Ilnu (sa race) et fier de l’être. Elle lui chuchote souvent des beaux mots et de belles valeurs à l’oreille. Déjà là, on lui montre le visuel et l’orale à bas âge.

Son cheminement c’est ma fille qui va le transmettre à son fils. Mon petit fils il a trois nations: Montagnais, Cri, Attikamekw. Le père aussi a un devoir de transmettre à son fils son savoir-faire. Pour nous, ca va être de génération en génération d’emmailloter notre enfant comme ça en restant au chaud et le protéger du danger. Leur démontrer comment on vit notre culture en famille que ce soit à la maison ou en territoire de chasse. Il faut que le bébé soit présent à tout ce qu’on fait. C’est la meilleur façon que le bébé est transmis notre savoir en lui faisant regarder de ce qu’on fait et en lui parlant tous les jours de la transmission des savoirs.

La cérémonie des premiers pas

Au début les parents prennent une décision pour l’enfant pour cette cérémonie, c’est comme un baptême. Pour cet événement traditionnel c’est aussi un rituel. À cette occasion c’est aussi un grand rassemblement de partage et de fierté. La cérémonie se fait avec beaucoup de préparation. C’est qu’il ou elle ne doit pas traverser le seuil de la porte tout seul. C’est qu’il faut avoir toujours l’enfant dans nos bras pour passer la porte. Pour cela dans la tradition c’est que l’enfant dès ses premiers pas qu’il est prêt à faire la cérémonie des premiers pas. Pour la préparation c’est la famille qui prépare tout l’habillement traditionnel, un petit repas, les cadeaux à offrir. Il y a le tentement a préparer, le sapinage à installer. Pour l’accueil c’est les grands-parents qui sont dans la tente et attendent le passage de l’enfant. Le petit offre un morceau de pain aux grands-parents, tout au long de son passage il y a un chemin de sapinage, et il doit y avoir un gibier pour le garçon, pour la fille il doit y avoir du sapinage et une hache en bois.

Pour moi Gessica, j’ai vécu cette expérience avec mon deuxième enfant. Mon fils était habillé comme un chasseur, il avait avec lui son sac de chasse que ma mère lui avait fait et sa petite hache que mon grand-oncle lui avait fabriqué en bouleau. Ses vêtements étaient en toile de tente et brodés par ma mère. Après la cérémonie, les ainés donnent un bec dans le front de l’enfant en lui souhaitant la bienvenue. Mais c’était le seul qui avait fait la cérémonie des premiers pas. Par chez nous c’est notre culture de montrer à l’enfant dès son jeune âge comment c’est important de suivre la tradition.

L’apprentissage des jeunes

Par chez nous, la transmission des savoirs se fait à la maison et dans les écoles. Pour Diane, Aujourd’hui, les plus jeunes participent au travail et la transmission se fait tout en s’amusant. Nos enfants sont si fiers de ce que nous faisons et ils possèdent tous les objets de notre production. En famille, lorsque nous réalisons une nouveauté, chacun critique le travail de l’autre de manière constructive. Nous savons que c’est avec ces essais et ces erreurs que nous pouvons réaliser de belles choses.

Voici un récit de ma fille lorsque j’ai transmis à faire le bonnet traditionnel:

Autrefois, les femmes ilnuatsh portaient toujours ce type de bonnet. Aujourd’hui, je porte le bonnet traditionnel que je mets lors d’occasions spéciales dans les fêtes traditionnelles. J’en ai fabriqué un, tout comme ma mère quand elle était jeune et pour garder la tradition. Pour moi, c’est grand de transmettre encore aujourd’hui, parce qu’il n’y a pas beaucoup de personnes qui veulent encore transmettre leur savoir. Il n’y a pas beaucoup de jeunes de mon âge qui veulent apprendre cela non plus et pour transmettre les savoirs encore et encore, il faut que nos ancêtres nous aient transmis leur savoir pour que ça continue. Je suis contente de pourvoir vivre ça avec ma mère, quand elle m’apprend de la broderie. C’est presque la même histoire que moi lorsque je l’ai appris à mon tour.

 Nous sommes une famille d’artisans, grâce à nos vie passées aux côtés de nos grands-parents et de notre tante. Aussi, nous sommes fiers de notre culture et souhaitons transmettre la passion de nos savoir-faire à nos enfants. Nous sommes fiers aujourd’hui d’avoir cru en nos rêves et de les avoir réalisés. L’accueil et la générosité sont la clé de l’union de notre famille. L’amour fraternel est une valeur essentielle pour nous. La famille c’est un lien qui est très fort. Vu que nous avons perdu nos parents très jeunes, nous sommes là pour nos enfants, neveux et nièces. Moi, comment je fais pour transmettre à mes enfants: je pars souvent en forêt pour que je puisse le transmettre à eux, de quelle utilité que ce soit sur la médecine des plantes, la chasse, et les outils traditionnels que tu peux utiliser en territoire. C’est aussi le meilleur endroit pour un apprentissage de la culture. Pour apprendre il faut être en paix avec soi-même, parce que quand tu travailles avec la nature si tu vis la colère dans ton travail, bien ton travail ne sera pas à la perfection. J’apprends aussi à mes enfants de faire bien leur travail. Quand je fais quelque chose, ils sont toujours présents et je leur dit le pourquoi, le quand et comment le faire. Même travailler en couple provient d’une passion complémentaire. Partir de la matière brute et de la transformer. Mon conjoint fait le travail grossier et moi je fais la finition. Ça montre à nos enfants que c’est plaisant de travailler ensemble, et que l’on peut être fier. Je trouve que mes enfants, quand ils sont dans la communauté, ils préfèrent plus être dans l’électronique. Mais quand ils sont en forêt pour eux, il y a beaucoup de changement, ils travaillent et ils sont toujours prêts à aider et être plus serviables en leur disant soyez fiers de votre identité d’être un Ilnu et que nous avons une grande richesse, de belles valeurs, donc beaucoup de connaissances et de fierté dans la famille. Vous avez la chance de voir ce que je fais et cela vous appartiendra de le transmettre à votre tour. Pour moi, le jour que je vais partir, car vous savez que je ne suis pas éternelle sur cette terre tout ce que j’ai appris durant mon enfance, mon adolescence et aussi adulte. Ça m’a permis de vivre et d’en faire mon métier que j’aime beaucoup.

Pour moi (Gessica), ma transmission, dès l’âge de quatre ans, mes enfants commencent l’école et apprennent le Nehlueun tout au long du primaire et du secondaire quand ils sont dans la communauté, sinon c’est à la maison qu’on le pratique et c’est important pour nous. Mes enfants ne parlent pas beaucoup le Nehlueun et ils le comprennent très bien. Souvent ma famille leur parle en Montagnais et souvent quand ils sont en territoire. J’adore quand ma mère leur parle ainsi, car elle voit que la langue est importante pour eux. Des fois, ils me demandent des mots en Nehlueun, comment le nommer. Quand ils sont au secondaire les jeunes apprennent le savoir de la trappe et de la chasse en territoire. Le but c’est de montré au jeune comment c’est important la survie en forêt et le respect de la nature. Chaque saison comme au printemps c’est la chasse aux oiseaux migrateurs et la petite chasse comme le lièvre, la perdrix et parfois le castor. L’automne c’est le gros gibier comme l’orignal et l’ours et des fois des outardes. Dans leur apprentissage, ils apprennent aussi la technique de la trappe jusqu’en hiver et au début du printemps. Les jeunes partent souvent pendant deux semaines pour leur apprentissage pour chaque saison. Mon deuxième fils a fait l’apprentissage avec son école au secondaire, donc il a beaucoup aimé l’expérience avec d’autres personnes qui lui ont appris à faire différentes techniques de chasse. Mon fils m’a dit qu’il avait une équipe de quatre et arrivé au terrain, il fallait monter le tentement, le sapinage et le bois de chauffage, c’était leur première journée en territoire. Les autres jours, il parcourait le territoire en faisant la chasse du gros gibier et d’autres petits gibiers. Chacun avait une tâche à faire durant son apprentissage. Tout comme nous, quand on monte en forêt. Comme on dit il faut apprendre par d’autres pour en savoir plus de notre transmission de savoir. Étant jeune, j’étais une fille bien curieuse. Ma famille aimait beaucoup notre culture en nous enseignait leur transmission des savoirs. Bien souvent ma grand-mère nous montrait l’apprentissage à chacun de nous. Pour elle, c’était très important le respect de la nature et les animaux. Quand mes oncles faisaient la chasse, ils le partageaient avec d’autres familles. Le reste de la viande il le fumait pour le conserver. Souvent on faisait un makushan (une fête en Montagnais) en famille. Même de génération en génération on transmet le partage. Moi j’étais toujours à l’écoute de ma grand-mère et mes oncles. Car c’est par eux que je transmets mon savoir à mes enfants. Aujourd’hui mes garçons partent en foret sans nous et continuent à faire la chasse et la trappe. Je suis fière d’eux et je sais qu’ils vont la transmettre à leur tour à leur  génération future.

En terminant

Toute la transmission des savoirs, il faut le vivre et pas juste le parler de ce qui nous a été transmis. Avoir l’expérience, c’est en regardant et en écoutant la personne de ses connaissances. C’est à notre tour de la transmettre; pour que les générations futures apprennent à leur tour et pour ne pas perdre notre transmission des savoirs. On peut en parler mais vous ne sauriez pas tout ce que nous ont dit nos formateurs (ancêtres). Mais pour cette solution ce serait peut être mieux que vous alliez vivre avec nous en territoire. En terminant toutes nos connaissances sont ancrées dans notre tête et personne ne peut aller les voir et en savoir plus. C’est comme une grande bibliothèque de connaissances personnelles. Comme bien des gens chacun a son secret, comme nous, et il faut le respecter.

Diane Blacksmith, Gessica Blacksmith

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